Vers une alimentation VRAIMENT anticancer ?

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Neo-nutrition : La lettre de la nutritherapie

 

Vers une alimentation VRAIMENT anticancer ?
(deuxième partie) 

Chère amie, cher ami, 

Dans ma lettre précédente je vous ai présenté le régime cétogène ou « LCHF ». 

Ce type de diète, depuis longtemps proposé pour le traitement de l’épilepsie et la perte de poids, a de nombreuses propriétés préventives et adjuvantes sur le cancer et d’autres maladies. Vous trouverez de multiples exemples et témoignages sur le site du docteur Laurent Schwartz[1]

L’oxygénation et le fonctionnement mitochondrial jouent un rôle fondamental sur la capacité de nos cellules à se diviser correctement, à se différencier sans devenir « folles » et…cancéreuses. 

Mais, nous dit Laurent Schwartz[2], il y a un autre phénomène auquel le Prix Nobel allemand Otto Warburg n’avait pas pensé : « Il existe une enzyme appelée pyruvate déshydrogénase (PDH) qui permet le passage du pyruvate (un dérivé du sucre) vers la mitochondrie[3] (…) L’acide lipoïque stimule la PDH : le pyruvate est alors dégradé par la mitochondrie qui était simplement « débranchée ». 

Si la mitochondrie se remet à fonctionner, elle va produire de l’énergie et brûler. La croissance ralentira. Mais dans le cas du cancer, la mitochondrie « fuit ». Du citrate sort de la mitochondrie pour aller dans le cytoplasme[4] d’alentour. Pour combler la brèche, il faut bloquer une autre enzyme clé, la « citrate lysase » par de l’acide hydroxycitrate ».

Le traitement métabolique du cancer

Selon le docteur Schwartz, le « traitement métabolique du cancer » se résume : 

  • A l’établissement d’un régime cétogène[5]

  • A l’injection en intra-veineuse lente[6] de 600 milligrammes par jour d’acide lipoïque et à défaut d’une prise de 800 milligrammes en gélules, matin et soir ; 

  • A la prise de 500 milligrammes, trois fois par jour, d’hydroxycitrate

Dans son livre l’auteur insiste très justement sur le fait qu’aucune étude scientifique randomisée n’a validé ces données. 

Mais il a raison de préciser que, si des essais thérapeutiques doivent être menés dans le cadre réglementé des institutions, il existe aussi une autre loi : « l’assistance aux personnes en danger » qui doit permettre l’établissement de protocoles dits « compassionnels » lorsque le médecin l’estime nécessaire. 

L’acide lipoïque est un adjuvant classique conseillé dans le cadre des complications du diabète que l’on trouve, sous forme de complément alimentaire sur Internet[7]

L’hydroxycitrate se trouve dans les pharmacies, parapharmacies ou sur internet[8]. Il est extrait d’un fruit exotique : le Garcinia cambogia ou le tamarinier de Mamabar et ressemble à une sorte de citrouille. 

Ces supplémentations n’ont aucun effet secondaire ni toxique.


« Ce n’est peut-être pas la panacée, mais c’est un énorme progrès » 

Le docteur Schwartz explique qu’avec le concours d’un autre cancérologue parisien le docteur Norbert Avetyan, la combinaison d’un traitement classique (chimio ou radiothérapie), du régime cétogène et de ces molécules a permis à certains patients « de passer le cap et de survivre dans des conditions acceptables » et il ajoute : « Ce n’est peut-être pas la panacée, mais c’est un énorme progrès ». 

Certains pensent que ces propos sont encore trop novateurs pour être pris au sérieux. Ils ont tort ! Laurent Schwartz précise qu’en 2004 il y avait déjà 15.000 publications sur l’aspect métabolique du cancer. En 2015 ce chiffre avait déjà doublé. 

Aujourd’hui le rôle métabolique des cancérogènes est admis par tous les cancérologues. « Il est des dizaines de congrès pour la seule année 2015 qui parlent de métabolisme tumoral. Les équipes le plus en pointe sur ce sujet sont celles de Vikas Sukhatme (Boston college[9]), Peter Pedersen (John Hopkins University, School of Medicine, Baltimore) Sybille Mazureck (université de Giessen , Allemagne ou en France Poyssegur (CNRS)[10] et Guido Kroemer (Institut Gustave Roussy) ».[11]


D’autres recherches sur le traitement métabolique du cancer

Ces recherches sont encore empiriques et je vous déconseille (contrairement au régime cétogène, à l’acide lipoïque et à l’hydroxycitrate) de les tester sans l’avis et la surveillance d’un praticien expérimenté dans ce domaine. 

Dans tous les cas ils nécessitent une prescription médicale. 

Beaucoup de médicaments empêchent plus ou moins la pénétration des glucides dans la cellule et sont testés sur l’homme et l’animal. 

Parmi eux, un ancien et efficace traitement du diabète de type II : la metformine. Mais les doses sont encore imprécises. Cette molécule n’est pas toujours bien supportée et son impact sur la fonction rénale doit être surveillé. 

J’ai personnellement conseillé, à sa place, un complémenta alimentaire qui lui aussi a une action sur la glycémie : la berbérine[12], sans bien entendu être actuellement en mesure de confirmer un résultat statistique. 

D’autres molécules ont été « essayées » avec plus ou moins de succès : 

  • La digoxine est un médicament très ancien, extrait de la feuille de digitale (cette petite fleur violette qu’on trouve dans les campagnes), prescrit dans certains troubles du rythme et dans l’insuffisance cardiaque. A doses contrôlées elle ralentit le cœur et augmente son débit. Mais ce remède qui présente des contre-indications est dangereux et même mortel en cas de surdosage. Le docteur Schwartz ajoute : « La digoxine a de nombreux effets biologiques dont celui de diminuer l’entrée du glucose dans les celles du cœur ». Quelques études évoquent d’ailleurs une action sur le ralentissement de certains cancers : celui de la prostate[13], celui du sein[14]

  • La naltrexone est un médicament classiquement prescrit pour aider à la désintoxication des alcooliques. A doses faibles deux auteurs[15] ont rapporté des améliorations de maladie d’Alzheimer, de sclérose en plaque et de cancers ce que semblent confirmer de nombreuses publications[16]

  • Le diclofénac est un des premiers anti-inflammatoires non stéroïdiens utilisé (sous les marques Voltarène, Flector, Artotec). Une équipe belge[17] a remarqué son action anti métastatique sur le cancer du sein. On trouve d’autres publications à propos du cancer du côlon[18], et du pancréas[19]… 

  • L’aspirine à faibles doses a également été testée dans plusieurs indications, notamment le cancer du côlon[20]

Polyamines et cancers

Les polyamines sont des composés organiques retrouvés dans des organismes aussi différents que les micro-organismes, les plantes et les animaux qui jouent un rôle encore mal élucidé dans la prolifération cellulaire. 

Elles sont issues du métabolisme des acides aminés et du cycle de l’urée et sont naturellement présentes dans toutes les cellules animales, végétales ou bactériennes. 

Chez l’homme ces composés sont synthétisés dans la flore intestinale et apportées par la nourriture exogène. 

A ce jour, plus de 80 000 publications scientifiques et près de 200 brevets sont recensés sur ce sujet. En France, l’INSERM a des équipes spécialisées qui y travaillent. 

Les polyamines sont essentielles à la division cellulaire, à la régulation de leur croissance et leur apoptose (ou mort programmée)[21]. Toute cancérisation induit une synthèse de polyamines. Et en retour toute synthèse de polyamines est à l’origine d’une cancérisation. Cela explique qu’une présence de polyamines en excès soit considérée comme anormale et serve de pronostic dans le cadre de certains cancers. 

Les polyamines putrescine et cadavérine sont des composés issus de la dégradation des protéines responsables de l'odeur nauséabonde des cadavres animaux. Les polyamines spermidine et la spermine[22] sont deux composés qui agissent comme hormones de croissance. 

Certaines polyamines rencontrées dans le venin des araignées sont neurotoxiques. 

Mais attention, « il ne suffit pas de bloquer ou de perturber leur métabolisme, car les cellules en prolifération ont accès à une source exogène importante de polyamines provenant en grande partie de l’alimentation et dans une moindre mesure, de la production bactérienne intestinale ».[23] 

Le dosage des polyamines érythrocytaires (PAE) peut constituer pour certains cancers une donnée pronostique intéressante : « Le dosage des PAE est un nouveau marqueur biologique de survie spécifique dans le cancer du rein à cellules claires. »[24]

Mais d’autres cancers sont concernés : « Il existe des relations entre le métabolisme des polyamines et les cancers digestifs, du sein ou de la prostate et des tumeurs du système nerveux comme les gliomes et les glioblastomes[25]. Chez l’animal, l’association d’un traitement de chimiothérapie à une alimentation sans polyamines a permis de doubler le temps de survie » rapporte le nutritionniste Anthony Berthou dans un excellent article publié sur le site « La santé par la nutrition »[26]

Il précise qu’une alimentation appauvrie en polyamines a pour effet de réduire les douleurs. Cet effet n’est d’ailleurs pas spécifique au cancer puisque des régimes appauvris en polyamines ont été proposés dans le traitement de la douleur chronique, de l’hypersensibilité à la douleur et dans la fibromyalgie[27]

Le docteur Philippe Fievet[28], comme le docteur Schwartz, considère donc le cancer comme une maladie métabolique globale « affectant tous les compartiments de l'individu, y compris dans sa sphère psychique. Les chercheurs ne s'y sont pas trompés et ont entrepris d'évaluer l'efficacité d'une carence en polyamine sur une tumeur maligne. Plusieurs approches ont été considérées, mais l’appauvrissement de la ration alimentaire en polyamines est sans doute l'approche la plus simple. En effet, puisque la tumeur reconstitue son pool vital de PA en puisant dans l'extérieur via l'intestin, quoi de plus logique de l'affamer sur ce point. » 

Une alimentation sans polyamines

Selon le Professeur Guy Simonnet du CHU de Bordeaux l'alimentation privée de polyamines améliore l'anémie du cancéreux, diminue le grossissement de la rate et permet de lutter plus efficacement contre la douleur. 

Le Professeur Jacques-Philippe Moulinoux[29] et ses équipes INSERM et CNRS du CHU de Rennes travaillent depuis 30 ans sur le sujet. Ils ont entrepris d'évaluer l'efficacité d'une carence en polyamines sur une tumeur maligneSelon eux, en plus du traitement conventionnel, les deux moyens les plus simples de diminuer l’activité négative des polyamines sur la croissance des cancers seraient : 

  • Agir sur leur production au niveau de la muqueuse intestinale par l’intermédiaire d’une antibiothérapie: L'antibiotique retenu est la Néomycine® (à défaut le Flagyl®). De plus il a été démontré que la Néomycine® était un inhibiteur de capture intestinale de PA. Ce traitement permet une inhibition à 95 % de la progression tumorale dans plusieurs types de tumeurs greffées chez l'animal. 

  • Diminuer drastiquement les aliments pourvoyeurs de polyamines en limitant les apports en :
    • Agrumes (oranges, pamplemousses, clémentines…) et leurs jus, en raisin et son jus, en mangue, litchis, banane, reine-claude et fruits de la passion ; 

    • Pois (toutes familles confondues, pois cassé, fèves, petits pois…), lentilles, fèves, poivrons verts, tomates, champignons et choucroute ; 

    • Farine d’épeautre, de sarrasin et de seigle complètes et leurs dérivés, flocons d’avoine, soja (hormis lait et yaourts de soja), quinoa, graines (lin, sésame, courge, tournesol) et les noisettes ; 

    • Graines de courge, de lin, de sésame, de tournesol ;  

    • Certains fromages (cantal, comté, brie, munster, reblochon, roquefort, bleu d’auvergne) ; 

    • Le foie, les fruits de mer (huîtres, noix de Saint Jacques, palourdes, foie de morue, bigorneaux, œufs de saumon) ; 

    • Certains condiments et aromates : moutarde, germe de blé, levure de boulanger, spiruline, son d’avoine, cornichons, pollen, sauce tamari, sauce soja, tempeh, basilic, cerfeuil, origan, curcuma, curry, safran ou poudre d’ail.  



Mais Anthony Berthou a parfaitement raison de préciser[30] : « Le recours à une telle alimentation peut toutefois générer des interrogations du fait de l’exclusion de certains aliments habituellement considérés comme globalement bénéfiques pour la santé, mais il s’agit encore une fois ici, d’un protocole spécifique, dont les bénéfices possibles peuvent justifier son application temporaire » 

Pour être complet il me faut ajouter qu’il existe actuellement sur le marché, disponibles en pharmacies et remboursables sur prescription médicale, deux substituts de repas pauvres en polyamines : la Castase® et le Polydol®[31]

Une nutrition idéale « anticancer » ?

Y a-t-il, donc, une alimentation anticancer idéale ? 

Il faut bien distinguer la prévention d’une part, l’effet adjuvant à une thérapie d’autre part, qui s’applique à une maladie diagnostiquée et évolutive. 

Dans un premier temps, en plus des conseils que je vous avais précédemment proposés[32], on peut se rapprocher du régime métabolique tel que le conseille le docteur Schwartz, sans oublier ni l’acide lipoïque ni l’hydroxycitrate. 

Si les résultats sont insuffisants ou si l’on est confronté à des douleurs importantes, on peut tenter une alimentation globalement appauvrie en polyamines et remplacer une partie de l’alimentation par des substituts de repas spécifiques. 

Il semble que, de par le monde, beaucoup d’équipes travaillent sur ce sujet et que les connaissances évoluent très vite. Elles vont à coup sûr permettre de simplifier et d’alléger le traitement du cancer et la souffrance des patients. 

Surveillez bien votre boîte aux lettres, 

  

Docteur Dominique Rueff